« Résistances »



Auteurs ou spectateurs nous sommes tous citoyens

JEAN-MICHEL ROGER
Président de l'Acid : Agence pour la diffusion du cinéma indépendant.


"Aucune structure n'a d'autre utilité que le travail qu'elle fait, n'a d'autre justification à sa survie que sa nécessité. Cela fait maintenant quatre ans que nous disons : aider d'une manière volontariste la diffusion du cinéma indépendant, c'est permettre au cinéma de faire éclore ceux qui demain seront la référence de tous.

Quand on énonce des évidences de ce type, certains sourient avec compassion, d'autres ridiculisent notre discours en le classant dans les élucubrations d'idéalistes qui ne connaissent rien au réel.

A ceux-là, aujourd'hui nous ne pouvons que rappeler que les deux premiers films soutenus par ACID furent : La petite amie d'Antonio de M. Poirier et Parfois trop d'amour de L. Belvaux. Le premier était en sélection officielle et a reçu le prix du jury, le second a réalisé un des succès et film marquant l'année. Comme on pourrait rappeler que quand il y a deux ans nous avons programmé A la vie à la mort de R. Guédiguian ce film avait été refusé par toutes les sélections de Cannes, et n'avait pas de distributeur. C'est à la sortie de la projection de l'ACID qu'un distributeur s'est enthousiasmé pour le film. Aujourd'hui, Marius et Jeannette dans la section un Certain regard, a été l'un des films le plus remarqué de Cannes 97. II n'y a pour nous aucune vanité à l'énoncé de ces faits, car pour nous c'est du domaine de l'évidence : défendre le cinéma indépendant c'est défendre le cinéma. Il n'y pas de frontière entre les films autre que celle que génère la vision des oeuvres comme marchandises.

Un des principes fondateurs d'ACID est de dire : les cinéastes sont dans le social. Leurs positions de créateur qui ont accepté une forme d'expression qui implique de travailler avec beaucoup d'autres et la négociation (donc souvent l'affrontement) avec l'économie, en font des individus prêts à penser le collectif. ACID ne peut vivre que parce que des cinéastes pensent en actes, que leurs films n'existent pas sans la rencontre avec les publics. Et s'ils sont prêts à défendre les films d'autres réalisateurs, c'est parce qu'ils savent qu'être auteur ce n'est pas être seul face au monde, ou plus exactement que cette posture romantique n'est pas celle désirée. A ceux qui pensaient au mieux que nous étions de doux rêveurs, au pire des imbéciles, il y a une réponse : c'est la mobilisation citoyenne des cinéastes de ces derniers mois.

Nos choix participent du même désir, faire partager l'enthousiasme de défendre une cinématographie pluraliste. Notre fierté de défendre des films qui, tous différents les uns des autres, partagent cette même certitude, nous sommes tous redevables et juges du réel, bref que nous soyons auteurs ou spectateurs, nous sommes tous citoyens".