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ARIEGE, Lundi 9 juillet 1997


1 er festival international de films de "Résistance"

La résistance retrouvée


Deuxième journée pour le festival Résistances. Les spectateurs soutiennent de plus en plus la programmation cinématographique et les débats réinventent l'engagement personnel.

La journée du lundi s'est annoncée sous les meilleurs auspices. Il faut dire que le festival avait connu dès son premier jour un incroyable succès. La projection en plein air, dimanche soir, de la « Guerre des Demoiselles » avait, en effet, drainé un public de plus de 200 personnes sur la place Garrigou et « Raining stones » ou encore « Underground » avaient connu la même ferveur.

Ken Loach, encore présent en fin de soirée, s'était d'ailleurs aimablement prêté au jeu d'un débat improvisé avec d'anciens combattants de la guerre d'Espagne, faisant montre d'une remarquable disponibilité.

Le public séduit par l'esprit du festival est revenu lundi, dès 10 heures, pour assister à la première partie du film de Chris Marker, « Le Fond de l'air est rouge ». Ce long métrage s'est donné pour objet l'ambitieuse mission de retracer les mouvements contestataires qui ont animé la société mondiale de 1967 à 1977. L'exercice, risqué a priori, présente une cohérence qui met en exergue une lucidité parlante.

Les spectateurs ne s'y sont pas trompés et ont regagné à 13 heures la salle 1 du centre multimédia afin de suivre la fin de ce brillant exposé cinématographique. Le thème à l'honneur ce lundi était la place des médias en tant qu'instruments de résistance. Un documentaire s'est particulièrement illustré dans le traitement de ce sujet : « Chomsky », de Mark Achbar et Peter Wintonick. Noam Chomsky, philosophe et linguiste américain, produit, en effet, un discours militant, véritable plaidoyer contre les nouvelles formes d'oppression que constituent et véhiculent les médias dans nos sociétés postindustrielles. Ce penseur « résistant » propose une grille de lecture critique. aussi bien de l'image que du langage, et dénonce ce qu'il appelle « les illusions nécessaires ».

La venue plus tard dans l'après-midi du film de Christophe d'Hallivillée «Aurélia» a relancé la thématique selon laquelle les médias sont les nouveaux bourreaux idéologiques de l'homme moderne. Ce message, pessimiste pour certains, rédempteur pour d'autres, a trouvé des échos auprès des cinéphiles présents et des personnalités conviées à débattre. Une scène où il est montré la destruction d'une télévision a particulièrement retenu l'attention des spectateurs. Le jeune réalisateur a justifié les différents choix de sujets opérés dans son premier long métrage. Son distributeur Klaus Gerke s'est résolument et définitivement rangé dans le camp des résistants et a appelé au retour du cinéma de proximité.

Toutefois, comme l'a souligné Aline Paillet, députée européenne, la discussion n'a pas su rebondir sur cette éminente problématique. Les interventions se sont caractérisées par un éclectisme propice aux prises de bec et aux propos déroutants, voire farfelus. Le professeur Serge Regourd a tenté de recentrer le débat et a fait état d'une distinction élémentaire qui oppose selon lui les films sur la résistance et les films de résistance. Peine perdue puisque l'effusion a repris le dessus et les grands thèmes sociaux sont revenus au cœur des discussions. Le droit au travail notamment a provoqué des prises de position animées et controversées. Les questions soulevées, bien que n'ayant parfois qu'un rapport lointain avec le thème initial, n'ont pas pour autant manqué d'intérêt. La salle s'est montrée particulièrement active et chacun, qu'il soit jeune et découragé ou militant convaincu, a pu faire entendre son opinion.

Un seul point a fait l'unanimité : « Faire du cinéma, c'est faire de la résistance. » Une heure trente de débats a quand même eu le mérite de souligner l'importance que les acteurs sociaux accordent aujourd'hui à ces forums d'expression. L'indifférence et l'inertie générale caractéristiques des années « 80 » cèdent, semble-t-il, la place à un regain d'engagement. Les organisateurs du festival ne peuvent que se féliciter d'être les auteurs d'un nouvel espace de résistance

Edith IZQUIERDO.