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11 juillet 1997


La caméra au poing de « Résistances »
Du 5 au 11 Juillet se tient pour la première fois à Tarascon-sur-Ariège, au pied des Pyrénées, le Festival international du film « Résistances ». Une programmation d'une très grande richesse parrainée par Ken Loach et Bertrand Tavernier.


RACHID, Mouloud, Djamila, Paul et Marion, les gamines et les gamins de Tarascon ont pris place lundi soir sous la voûte étoilée du ciel ariégeois pour découvrir avec les visiteurs du premier Festival international du film « Résistances », la belle réalisation de Robert Guédiguian, « L'argent fait le bonheur ». Quelque deux cents personnes, réunies devant un écran tendu pour la circonstance sur la façade d'une ancienne boulangerie; chaque soir la petite cité pyrénéenne prend des airs de ville italienne du temps où le cinéma était une fête populaire, où il n'était pas encore devenu l'enjeu d'un commerce international; un temps aussi où les écrans cathodiques n'avaient pas pénétré les foyers et endormi les esprits. Robert Guédiguian, c'est le réalisateur de « Marius et Jeannette », très remarqué cette année dans la section << Un certain regard >>, du Festival de Cannes.

<< Résistances ». Le Festival de Tarascon qui, en une semaine, projette dans le nouveau centre -multimédia et << sous les étoiles >> quelque soixante films (soit une dizaine par jour), porte bien son nom. Sa programmation est à la hauteur de son ambition et pour le prouver dès dimanche, ses organisateurs (Catherine Dubuisson et Jacques Perret) avaient invité Ken Loach et Bertrand Tavernier. Ken Loach qui, lors de sa rencontre avec le pubIic, n'a pas hésité à apporter son soutien aux salariés de l'usine Pechiney de Tarascon.

<< Résistances >>, encore avec « Le fond de l'air est rouge » de Chris Marker. extraordinaire documentaire de quatre heures dans lequel les jeunes générations pourront puiser encore longtemps les clés de la résistance à l'impérialisme des années soixante - soixante-dix dans le monde, ainsi que celles des victoires et des défaites des partis du camp socialiste.

« Un des rôles des cinéastes, c'est de faire écouter des gens à d'autres gens avec un maximum d'ouverture d'esprit et de liberté. Etre cinéaste, c'est aussi pour moi apprendre à écouter... », ces paroles de Bertrand Tavernier ont rejoint dimanche celles de Ken Loach qui explique ainsi sa démarche de cinéaste-résistant : « Quand on a fait le film sur les dockers, on savait que c'était eux qui le verraient d'abord. c'était donc eux le public le plus critique, le plus important.

Et c'est un des problèmes de la presse, très souvent les journalistes ne rencontrent pas les gens dont ils parlent. L'une des questions les plus importantes aujourd'hui est de demander la démocratisation des médias... L'une des qualités - non des moindres - de « Résistances, est d'ouvrir le débat a l'issue des séances entre publics et réalisateurs. En suivant les thèmes ainsi déclinés du Festival: « Guerres et résistances >>, << Les cinéastes qui résistent >>, « Espagne de 1936 », << Résistances et environnement », « Résistances 39 - 45 » et enfin « Résister aujourd'hui », chacun peut à son tour prendre la parole, intervenir dans le champ infini des combats pour la liberté qui ont émaillé le XX° siècle. C'est bien le sens qu'entend donner à sa présence à Tarascon la journaliste et députée européenne Aline Pailler, qui a tenu une fois encore a mettre en garde contre les menaces qui pèsent sur les cinémas européens face aux géants américains.

L'autre qualité du Festival, c'est d'avoir su donner une large place aux combats qui se sont menés ici, en terre ariégeoise et pyrénéenne. Le film de Jacques Nichet, « la Guerre des demoiselles, retrace le conflit qui opposa au siècle dernier les montagnards, habitants des vallées, aux propriétaires charbonniers et maîtres de forges qui exploitaient la forêt, laissant ses habitants dans le dénuement le plus total. Impossible de citer ici tous les films programmés à Tarascon. Certains sont connus, d'autres moins, mais tous sont et resteront d'exceptionnels témoignages sur la capacité des femmes et des hommes à dire non ou sont eux-mêmes des actes de résistance.

Enfin, comment ne pas dire un mot d'« Aurélia » de Christophe d'Hallivillée, un film en noir et blanc aussi subversif dans sa forme que dans le fond et qui tire a boulets rouges sur la télévision, le chômage, la publicité, la loi du fric. Un film sur la jeunesse d'aujourd'hui qui sait ce dont elle ne veut plus, mais qui n'a pas encore trouvé la voie qui la mènera vers le monde de concorde dont elle rêve. « Faire semblant, pour quoi, pourquoi, au bout de tant d'années... La Bourse est notre ghetto », dit la bande sonore qui, dans un leitmotiv jalonnant le film cri : « Action, action. action, action! ». Pour résister...

JEANNE LLABRES