« Résistances »


Cinéma et politique
un exemple parmi tant d'autres

La guerre d'Espagne


Trois films Tchapaiev, film soviétique de 1934; L'ombre rouge, film français de Jean-Louis Comoli 1981 et Land and Freedoom, film britannique de Ken Loach, 1995. Le plus récent des trois est sans doute le plus connu des spectateurs d'aujourd'hui. Les présenter tous trois dans l'espace d'une même journée au public c'est à la fois permettre à ces films de dialoguer entre eux et aux spectateurs de les voir ou de les revoir dans une nouvelle perspective.

Dans la confrontation du cinéma à l'Histoire, il est bon de rappeler que le cinéma a lui aussi son histoire. Land and Freedom n'est pas le premier film à mettre en scène la guerre d'Espagne. Pas plus qu'il n'est le premier film à faire surgir la question des rapports entre communistes et autres forces politiques au sein du mouvement Révolutionnaire.

Plusieurs éléments relient fortement ces trois films : Tout d'abord le regard qu'ils posent -chacun à leur façon- sur l'Histoire. L'intuition que l'Histoire n'est pas quelque chose de fini - du passé mort - mais un temps dans lequel nous vivons encore. Connaître et comprendre le passé est une nécessité pour qui veut agir dans le présent.

Si les films de Ken Loach et Jean-Louis Comolli traitent ouvertement de l'histoire de la guerre d'Espagne et choisissent de le faire en mettant au premier plan la question du stalinisme, le film de Serge et George Vassiliev dont l'action se situe dans la Russie de 1919 au moment où le pouvoir des Soviets mène la lutte contre les armées blanches et leurs alliés étrangers présente aux spectateurs des années 30 le récit héroïsé de la coopération - qui ne va pas sans heurts - de Tchapaiev, chef légendaire des partisans avec Fourmanov, le commissaire politique bolchevik. Ce film mythique du cinéma soviétique est justement un des films qui circulaient - avec un énorme succès - sur le front d'Aragon à l'automne 1936.

Les questions que posent ces trois films ne manque pas

  • Quelle place accorder aux héros et quelle rapport le public peut-il nouer avec lui : identification ou mise à distance ?

  • Le cinéma peut-il s'accommoder d'un point de vue militant ? Ce point de vue peut-il se limiter à un renversement des valeurs, des signes positifs ou négatifs dont sont affectés les différents personnages et les camps auxquels ils appartiennent ?

  • La fidélité de la reconstitution historique épuise-t-elle la question de la vérité ou joue-t-elle un rôle de leurre ?

  • Enfin, quel visage donner à l'ennemi ?

Ce n'est pas tant en opposant la vérité historique à sa représentation cinématographique que ces films peuvent être critiqués - même s'il s'agit là d'un aspect de la question - mais plutôt en s'attachant à rechercher quelles vérités ils produisent. En somme, regarder un film, même s'il traite de l'histoire, d'abord comme un film qui en tant que tel possède son propre langage pour nous parler du monde.

Picasso n'était pas à Guernica et c'est pourtant par ses yeux que nous est restituée la mémoire du massacre. A ceux qui font le cinéma comme à ceux qui le regardent de s'émanciper de cette illusion qui est le péché originel du 7° art : la croyance en l'identité du monde et de sa représentation.


GERARD COLLAS
Chargé de production à I'Institut National de l'Audiovisuel,
a choisi de mettre en regard 3 films : Tchapaiev, L 'ombre rouge, Land and freedom