« Résistances »


Résister aujourd'hui


Que veut dire filmer ce qui résiste aujourd'hui ? La question en appelle une série d'autres. A quoi résiste-t-on ? Qui résiste ? A une exacerbation de l'individualisation de la société, à ce qu'on appelle "l'exclusion", terme critiquable certes, mais qui montre bien que la cohérence sociale est mise à mal dans les tensions induites par la révolution technologique actuelle et les conséquences qu'en tirent les puissances financières.

Il y a dans les rues des grandes villes des êtres humains, membres de cette société, qui survivent sans abri, sans revenu régulier, dans la mendicité, sujets à l'alcoolisme et aux maladies que l'on croyait disparues des pays "civilisés". A côté, passent des centaines de milliers d'autres, forcément indifférents, obligés de tourner la tête car il faut ménager ses propres chances de survie affective et morale. L'atroce est dans le fait et dans la réaction, car tous les deux sont signes de barbarie.

Sur cette nouvelle barbarie qu'est notre société, règne une classe politique vidée de tout principe et qui semble déterminée à calculer le "coût" des options de gestion possibles. Il est moins "coûteux" (pour le statu quo et ceux qui en bénéficient, bien sur) de laisser pourrir les marges à condition que l'on arrive à limiter, économiquement et idéologiquement, le champ des dégâts à l'intérieur d'une zone "gérable", que de détourner vers la recherche de solutions véritables des pans considérables de la richesse sociale. voilà la logique politique régnante dont, il faut dire, une majorité de la population semble bien complice. Plutôt laisser les choses aller comme elles vont que sacrifier un peu de son propre confort pour intervenir réellement. Ou si on laisse paraître sa colère, c'est souvent contre les victimes faciles, contre de pauvres bougres encore plus pauvres que nous qui sont partis chercher subsistance dans les capitales de cette planète déréglée.

Or cette logique, à l'œuvre au Forum des Halles comme dans les rues de Mostar ou Srebrenizca ou dans les bidonvilles de Bamako ou Tananarive, semble promue par une véritable Internationale de la lâcheté (on l'appelle "communauté internationale", je crois) et arrive quand même à révolter jusqu'à la nausée plus d'un. Signes que cette révolte se collectivise : les grèves et les manifestations de novembre décembre 95 et le mouvement des Sans-Papiers.

Parmi ces révoltés il se trouve quelques cinéastes ou vidéastes qui, lorsque enfin des gens se regroupent, réfléchissent, frayent leur propre voie vers une autre logique, sont là pour filmer, montrer, tenter de présenter à d'autres une image de cette révolte et de cette résistance.


La journée d'aujourd'hui est consacrée à une série de films qui ont plusieurs points en commun :

La discussion de l'après-midi permettra de confronter nos différentes approches et de poser la question plus largement qu'est-ce-que faire un cinéma qui résiste aujourd'hui ?


MICHAEL HOARE