« Résistances » présente
Mai 68
ou
le cinéma en suspens

David Faroult
Gérard Leblanc
Festival Résistances et Editions Syllepse
(extraits)

Pourquoi Mai 68 ou le cinéma en suspens ?

Le festival Résistances a décidé d'éditer le livre de David Faroult et de Gérard Leblanc pour présenter les orientations qui sont les siennes à un public de cinéphiles orphelins de Mai 68. Car la démarche culturelle, des étrangers que nous sommes, ne pouvait pas rester confidentielle. Trop de gens nous demandaient : "Pourquoi un Festival ? mais pourquoi en Ariège ?"

Les projets de Mai 68 se réalisent lentement, au quotidien, les idées et les moeurs ont évolué et le grand écran avec ses fictions et ses reportages, aujourd'hui comme hier, en a toujours témoigné. C'était en 68 les Etats Généraux du cinéma, c'est aujourd'hui la  lutte des sans papiers, celle contre l'AMI ou celle en solidarité avec les dockers de Liverpool.

Le cinéma, lorsqu'il ne cherche pas à infantiliser le public, est l'outil, le média, l'art qui est de facto, le plus proche des réalités sociales parceque celles ci constituent toujours la trame des fictions dans lesquelles le   spectateur peut s'identifier.

Le cinéma ne peut ignorer les luttes. Le cinéma témoigne de l'histoire au quotidien, il oblige à la reflexion et à la critique, il permet au spectateur de choisir.

Le cinéma c'est la vie mais c'est surtout un art essentiellement politique qui permet au citoyen/spectateur que nous sommes, de poursuivre chaque jour un peu plus en avant les projets de Mai 68.

Il fallait un livre pour le dire, Gérard Leblanc et David Faroult l'on écrit.

Tarascon, jeudi 28 mai 1998


Quelle résistances au cinéma dominant ?

Sur différentes approches de l'articulation entre cinéma et politique après Mai 68

Ce texte prend position dans un débat où l'on ne peut rester spectateur. Plusieurs approches contradictoires s'affrontent en effet dans certains milieux du cinéma après 1968, quant à la manière d'aborder l'articulation entre cinéma et politique. Il ne faudra donc pas s'étonner de voir soutenir certaines démarches contre d'autres, et encore moins s'interdire de réagir en prenant d'autres positions.

Si ce texte pouvait raviver, à une petite échelle, des débats que certains, à tort estiment caducs, je m'en réjouirais !

Comment ne pas voir qu'au nom du "temps qui a passé", on a rabaissé le débat, renoncé à toute exigence théorique, et finalement laissé fleurir un empirisme défaitiste, inapte à imaginer autre chose que ce qui existe déjà. Certains des théoriciens les plus radicaux de l'après 68 portent une lourde part de responsabilité, en occultant délibérement leurs positions de l'époque, y compris lorsqu'ils s'expriment sur les même sujets.

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On évoquera ici des démarches cinématographiques qui ont voulu contester l'ordre des chose, en distinguant celles qui sont intégrables par le cinéma dominant de celles  qui sont en lutte contre lui. Mais nous ne perdrons pas de vue que ce retour sur le passé doit nous éclairer pour aujourd'hui!

Des démarches de contestation intégrées

Le cinéma "militant" n'existe pas. En tout cas pas si on le conçoit comme un cinéma s'opposant à un autre qui, bien entendu, ne serait pas "militant". Cinéma "militant" : la formule est insuffisante dans la mesure où tout le cinéma l'est. Reste à savoir "militant" ... pour (ou contre) quoi ? Le cinéma nazi, n'est-il pas "militant" ? Le cinéma industriel, la publicité en tête, ne sont-ils pas des cinémas "militants" du patronat ? Il est donc impossible de parler de cinéma "militant" sans dire pour quelles orientations ce cinéma milite. Impossible de penser une articulation entre cinéma et politique indépendamment des orientations politiques et des conceptions qui se trouvent matérialisées par les films. La remarque vaut aussi bien pour d'autres formules rapides et réductrices équivalentes comme : "cinéma politique", etc.

Néanmoins, autour de mai 1968, et à nouveau aujourd'hui mais plus timidement, on voit refleurir ces notions creuses autour de n'importe quel film qui ne ferait qu'effleurer des questions sociales ou politiques. Examinons de plus près quelques démarches cinématographiques revendiquant un rapport avec des orientations politiques. Mais ne perdons pas de vue que toutes ces démarches ne se valent pas : ceux qui le prétendent sont ceux qui y ont intérêt. Peut-être parce que celles qu'ils soutiennent dominent...

...suite


Les auteurs :

David Faroult
Né en 1974 à Paris, David Faroult étudie le cinéma et l'audiovisuel dans des établissements où ils sont enseignés sous l'angle théorique et pratique (BTS audiovisuel de Boulogne Billancourt, Universités de Paris 8-Saint-Denis et de Paris 3-Censier, FEMIS). Il mène actuellement une recherche en thèse sur Cinéthique et le groupe Dziga Vertov, deux collectifs de cinéma "militant" de l'après 68. Il a co-animé pendant près de deux ans l'émission radiophonique "plein feux sur les médias" sur Fréquence Paris Plurielle.

Gérard Leblanc (livres déjà paru)
Quand l'entreprise fait son cinéma, Presses Universitaires de Vincennes-Cinéthique, Paris 1983, distribution Cinéthique.
Treize heures/Vingt heures, le monde en suspens, Hitzeroth, Marbug, 1987, distribution cinéthique.
Le Double scénario chez Fritz Lang, (co auteur Brigitte Devisme), Armand Colin, Paris, 1991, distribution Cinéthique.
Georges Franju, une esthétique de la déstabilisation, Maison de la Villette, Paris 1992. Distribution Créaphis.
Scénario du réel (2 tomes), l'Harmattan, Paris, Avril 1997.